lundi 22 août 2011

忍[shinobi]

La scène se déroule dans la préfecture de Nagano, où je suis venu me réfugier en compagnie d'un ami pour échapper à la canicule tokyoïte. Désireux de visiter le Japon profond, nous avons pris le bus pour le mont Togakushi, réputé pour son sanctuaire shinto et ses soba faites à la main. Après avoir visité l'un et dégusté les autres, nous avisons un petit panneau.


"Village des p'tits ninja". Intrigués, nous allons voir de quoi il retourne. L'endroit s'avère une sorte de petit parc d'attractions dans lequel des enfants en tenues ninja rouge vif ou rose fuschia courent partout sous les yeux fatigués de leurs parents. Plusieurs attractions sont ouvertes : sur ma gauche, un "slalom ninja", soit un long tunnel en bois dont émanent de temps à autre des bruits de collision inquiétants ; sur ma droite, "marchons sur l'eau", une attraction qui serait sûrement reprise à l'occasion de l'ouverture d'un village des p'tits Jésus. Comme souvent au Japon, je suis étonné par la place assez secondaire laissée à la sécurité par les concepteurs du parc ; témoin, ce parcours ninja à 20 centimètres au dessus d'un sol en dur. Je m'essaie au lancé de shuriken et constate que j'ai bien progressé depuis la dernière fois : je n'ai touché aucune cible, mais tout le monde a encore ses deux yeux.



Alors que nous nous dirigeons vers la sortie, un vieil homme en casquette et bleu de travail arrive derrière nous et sans prévenir, fait une clé de bras à mon ami au ralenti.

"Vous connaissez Steven Seagal ? Il a appris toutes ses techniques ici."

Nous restons interdits, parce que nous n'avons pas l'habitude d'être abordés par des Japonais, encore moins dans leur langue natale. Par ailleurs, qui s'attendrait à entendre parler de Saumon Agile au fin fond de Nagano ? Tout en continuant à mimer la destruction méthodique du bras de mon camarade, l'homme reprend :

"Vous savez..."

(déboîtage d'épaule)

"... les ninja n'étaient pas particulièrement doués..."

(coup de paume sur le coude)

"... en combat rapproché. Lorsqu'ils..."

(manchette au poignet)

"...étaient repérés, ils donnaient une grande claque dans les yeux..."

(claque dans les yeux)

"... de la personne la plus proche, puis..."

(écrasement de la main)

"...ils partaient en courant."

Après quelques échanges supplémentaires, l'homme nous salue et part dans le lointain.



Après son départ, je suis resté un moment à me demander ce qu'il avait voulu nous montrer - au-delà, bien sûr, de son évidente supériorité martiale qui lui aurait permis de nous tuer dix fois s'il avait été de mauvaise humeur. Aujourd'hui, je pense qu'il tentait de nous mettre en garde contre la fausse image des ninjas véhiculée par le cinéma d'action des années 80. En substance, le ninja hollywoodien est à ranger aux côtés de l'espion en smoking qui déclame son nom le plus fort possible dès qu'il entre quelque part et commande des martini au shaker, pas à la cuillère.

Après tout, les ninjas étaient des espions dont le but était de ne pas attirer l'attention, pas des combattants. Leur tenue de travail était donc plutôt celle d'un paysan, ou s'il s'agissait de justifier de déplacements fréquents, celle d'un artiste itinérant ou d'un moine mendiant. Un costume sombre se justifiait éventuellement pour une infiltration nocturne, la version blanche pour se cacher dans une région neigeuse ; en revanche, j'ai beau y réfléchir parfois pendant des heures, je ne trouve pas d'environnement naturel justifiant une tenue orange fluo ou jaune poussin.


En poussant cette logique jusqu'au bout, la conclusion devient inévitable : Si des ninjas sont toujours présents dans le Japon contemporain, ils se dissimulent probablement sous les traits de petits vieux en bleu de travail.

lundi 27 juin 2011

毒[poison]

Ce matin, une mouche est venue mourir dans mon verre de Pepsi.

Elle était pâle et frêle, presque transparente et son aspect avait quelque chose de maladif. Sans doute une drosophile échappée du laboratoire d'à côté.

Quand j'ai tourné la tête vers mon verre, elle était déjà partiellement dissoute, deux tâches grisâtres de part et d'autre de son corps sans vie. Elle faisait le tour du verre en flottant, son mouvement sans cesse perturbé par l'éclatement des bulles de gaz carbonique remontées à la surface.

J'ai longuement contemplé le corps de cette mouche, adaptée à la vie en laboratoire mais incapable de survivre plus de quelques minutes dans le monde extérieur. Soudain, sans le vouloir, j'ai repensé à Minami.


Trois messages et un an et demi plus tôt, j'étais les pieds dans une source chaude à Beppu, en train de lire Kafka sur le rivage. Le lendemain, j'avais la plus mauvaise idée de ces vacances d'automne 2009 : aller me balader au sommet d'un volcan en activité. L'idée de départ était séduisante pourtant. Je devais couper mon long trajet entre Beppu et Kumamoto par un petit tour sur le mont Aso. En photo, l'endroit avait l'air superbe...

... l'accueil était chaleureux...


... et familier, ils ne l'appellent même pas Aso-san...

... et mêmes les lieux dits du coin donnaient envie de rester plus longtemps.


Tout un programme : je pense immédiatement à des talons aiguilles en fourrure rose.

Malheureusement, en automne et lorsque Aso est particulièrement en forme, ça donne ça :

Retenez bien ce message : si vous tombez dans un mauvais jours vous l'entendrez en boucle et en cinq langues pendant toute la durée de votre balade sur le cratère.

Le cratère (n'insistez pas, c'est la meilleure photo du lot). Notez le panache de gaz toxique qui me fonce dessus.

Une nouvelle preuve qu'on peut trouver des jizô, statuettes bouddhiques très caractéristiques, absolument n'importe où.

Dans un décor de fin du monde, sous un crachin agressif dont les gouttes sales laissaient de longues trainées de cendre grisâtre sur mon blouson de cuir, j'ai couru d'une zone à l'autre au rythme des changements de sens du vent et des annonces du haut parleur. Au bout de dix minutes, j'ai décidé d'arrêter les frais et suis redescendu. Au final, le petit détour aura duré deux heures dont la plus grande partie aura été passée en transports. Le mont Aso mérite cependant le détour, et certainement encore plus en des saisons plus clémentes. J'espère y retourner après avoir investi dans des amis randonneurs.



Cette petite histoire illustre plus largement une question dont je n'ai pris conscience que tout à la fin de mon séjour de deux ans : visiter le Japon hors saison, c'est tranquille mais on passe à côté de beaucoup de choses. Par exemple, le grand bain à ciel ouvert de Zao Onsen, qui peut accueillir jusqu'à 200 personnes, ne fonctionne qu'en été - je suis évidemment allé y passer Noël. Pour les mêmes raisons, j'ai visité beaucoup de jardins, mais vu très peu de fleurs. Heureusement, les horticulteurs du château de Kumamoto ont pensé aux gens comme moi, puisque l'endroit s'est spécialisé dans non pas une, ni deux, mais bien six variétés de fleurs qui éclosent chacune à des moments différents de l'année. Il y a donc toujours quelque chose à voir.


Lors de mon passage, c'était camélias d'automne...

... et chrysanthèmes.



En vrac, quelques autres informations sur Kumamoto :

Le château vaut la peine d'être visité, même s'il s'agit d'une reconstitution. Il reste quelques fondations et bâtiments d'origine.

Lorsque ce mur a été prolongé, les techniques de construction avaient évolué, d'où les pierres posées de deux façons différentes.

- dans la cour du château, une plaque raconte la fin héroïque de Goro de Yokote, une histoire de vengeance, de trahison et de gravier.


- Kumamoto est connu pour être le lieu où a été inventée une technique de nage pour samouraïs en armure. A essayer une fois (de toute façon, rares doivent être les personnes qui l'essaient deux fois).


Le cuirassé Tarô.

- Je vous déconseille en revanche les spécialités culinaires locales.


Bon, je suis mauvaise langue, c'est un restau thaï.

- Kumamoto est à la pointe de la modernité en ce qui concerne la musique.


Japan x Beatles = Norwegian Wood . Beatles / Japan = Yoko Ono

- Enfin, Kumamoto est aussi le lieu d'un charmant jardin d'agrément, le Suizenji-kôen. Ce dernier se caractérise par ses sympathiques collines rebondies, l'une d'entre elle représentant le mont Fuji.


Au fond, la colline Fuji, sans doute un peu plus facile à gravir que l'autre.Lien

A suivre, quelques mots sur Fukuoka et ensuite on pourra peut-être passer à 2010.

mercredi 13 avril 2011

前[bande-annonce]

Une vie humaine n'est jamais qu'une succession de questions sans réponses.

Si être un salaryman est merveilleux, pourquoi ces derniers ont-ils toujours l'air épuisés et tristes ?

Pourquoi de temps à autre, au détour d'une promenade en banlieue, on trouve une seule chaussure abandonnée par terre ? Faut-il la ramasser alors qu'on est en plein milieu d'un gokkon ? Où est passée l'autre chaussure ?

Pourquoi les Japonais disent-ils toujours que vous êtes extrêmement doué dans leur langue après trois mots échangés ? Pourquoi la phrase suivante de la conversation comprend-elle systématiquement des tournures grammaticales complexes, du vocabulaire avancé et/ou un accent régional incompréhensible ?

Pourquoi quand on annonce que le prochain message de blog est dans une semaine, il se passe entre six et huit mois avant une nouvelle parution ?

Qu'est ce que l'auteur de ces lignes a bien pu trafiquer de mi-décembre 2009 à mi-mars 2011, à part aller une fois à Kyoto ?



Réjouissez-vous, lecteurs, au moins une de ces questions devrait être partiellement résolue dans les jours (semaines, mois, années, étranges éons...) qui viennent. J'ai en effet décidé d'agrémenter ma recherche d'emploi de quelques billets revenant sur quelques temps forts de mon séjour nippon. Je peux d'ores et déjà vous promettre...


...DES LIEUX CLES DE L'HISTOIRE JAPONAISE (tel ce pélerinage sur la tombe d'un grand shogun)...

...DES OEUVRES D'ART INCONTOURNABLES (doublées de réussites agricoles incontestables)...

... DES HÔTELS DE RÊVE (presque des paradores)...


... DES CASCADES...

... DU GRAND CINEMA JAPONAIS (dans des salles repoussant les limites de la performance et du confort)...

... LE TOUT ARROSE D'HECTOLITRES DE CAFE (froid et en canette !).

Chers lecteurs, je n'en dirais pas plus, mais j'espère que vous me suivrez dans l'épilogue de ce carnet de voyage et de vie, qui risque d'être plus long que le reste du blog. A la semaine prochaine donc, pour le message suivant.

mardi 28 septembre 2010

戻[retour]

Après environ six mois d'inactivité (ou de trop plein d'activité en fait : me refaire une culture cinématographique, travailler, chanter, voyager un peu mais pas beaucoup, apprendre les noms, les plats préférés et les groupes sanguins de 48 chanteuses, gagner au bowling, manger dans des izakayas deux fois par semaine, recevoir des amis, rentrer en France et plein d'autres petites choses qui mises bout à bout prennent bien six mois), je relance ce blog. Au programme : des mises à jour complètement aléatoires, des photos d'endroits célèbres au Japon, des commentaires subjectifs, ignares et inconséquents sur la société japonaise et la suite des aventures de M le maudit. Tout pareil qu'avant, donc.





En septembre dernier, un petit impératif professionnel m'a conduit à retourner à Kyoto. Rejoint par quelques amis sur place, j'en ai profité pour en finir une bonne fois pour toutes avec les trois plus beaux paysages du Japon en allant me promener sur le Amanohashidate, soit le pont du paradis. Si vous avez raté le début, les deux autres endroits sont évoqués ici et .

Comme d'habitude, un petit avant (d'é)goût de ce qui va suivre.

Le Amanohashidate se trouve vers le nord de Kyoto, à environ deux heures en train de la ville. Il est touristique, mais beaucoup moins que Miyajima et Matsushima, probablement parce que s'y rendre oblige à sortir des sentiers battus du Shinkansen.


Juste avant le pont se trouve un temple bouddhique. Aux arbres sont attachés les classiques bouts de papier sur lesquels sont écrits des voeux...

... mais aussi, plus inhabituel, des éventails.


Devant le Amanohashidate se trouve un autre pont, qui au lieu de se soulever pour laisser passer les bateaux, tourne sur lui-même.


Un peu plus loin, une stèle en pierre qu'on croirait presque en mousse nous indique que nous nous trouvons devant l'un des "Nihon sankei", soit les trois vues du Japon

Le "pont" en lui même est une bande d'environ 3,5 km de long et 200 m de large, constituée pour moitié d'une plage de sable et pour moitié d'une forêt de pins avec de chaque côté, la mer. Il est possible de le parcourir rapidement en vélo de location, mais à pied c'est très agréable aussi.


Un arbre à robinets ! Malheureusement, quelqu'un a déjà récolté toutes les pommes de douche.


Le pin d'Akiko (il n'est plus).






Un bug dans la matrice ? En tout cas, c'est nettement plus impressionnant que les tourbillons de Naruto.

C'est une fois arrivé de l'autre côté que l'on commence à avoir une meilleure idée de l'endroit.


Ca ressemble déjà un peu plus à un pont


L'eau est très transparente. On peut apparemment s'y baigner, mais je ne m'y suis pas risqué.

A proximité se trouve un sanctuaire shinto où se trouve une curiosité : un tuyau de bambou qui laisse échapper un son mystérieux.


A l'oreille ça ressemblait au bruit d'une goutte d'eau tombant sur une plaque métallique, mais je n'exclus pas qu'il s'agisse de taupes en métal qui creusent.


Une tortue. Génial !


J'en profite pour souhaiter un excellent quart de siècle à Super Mario

On peut ensuite atteindre un point de vue pour voir le pont de plus haut en prenant un télésiège.


Dans la famille mascottes hideuses, je demande Monsieur Pomme de Pin.

"Quand te reverrai-je, pays merveilleux..."

Il est une tradition lorsque l'on va se promener vers le Amanohashidate. Une fois arrivé au point de vue, il faut tourner le dos au pont, écarter les jambes puis mettre la tête en bas. Les gens qui ont gardé une âme d'enfant ont alors l'impression de voir le pont flotter dans le ciel. Faire cette petite acrobatie porterait bonheur, paraît-il. Personnellement, ça m'a surtout donné mal au dos pendant deux jours, mais peut-être que les Japonais ont une autre définition du bonheur.

Quelle souplesse !


Photo sans trucage et sans filet : je l'ai prise la tête en bas. Regardez comme il flotte !



Le lendemain, petite promenade dans Kyoto, avec un déjeuner au bord de la rivière.



Une statue de Izumo no Okuni, la créatrice du kabuki, un art de la scène bien vite confisqué par les hommes. Une semaine après, j'allais par hasard faire un tour sur sa tombe, mais ceci est une autre histoire.

Dans l'après-midi, nous sommes allés au Kiyomizudera, ou temple de l'eau pure.



Une vue de Kyoto, au loin.

En traversant le Kiyomizudera, on peut atteindre un sanctuaire shinto appelé le Jishu-jinja, dédié à l'amour. Ce temple est connu pour contenir les "deux pierres de l'amour".

Une petite explication sur les deux pierres de l'amour. Elles sont à peu près à 18 mètres l'une de l'autre. Entre les deux, un paquet de touristes qui se tamponnent le coquillard du succès de vos voeux amoureux. En bousculer un revient à ne pas regarder quelqu'un avec qui l'on trinque.


La première pierre. Pour la petite histoire, j'ai réussi à faire le parcours sans bousculer personne, encouragé par des Japonaises dont je ne connaîtrai jamais le visage mais qui se sont mises à hurler spontanément "Gambatte !" quelque part sur ma gauche comme dans un mauvais drama. J'ai été aidé par un ami, donc selon le mode d'emploi, mon voeu va se réaliser bientôt mais quelqu'un a la tâche peu enviable de me servir d'entremetteur.

Dans le Kiyomizudera se trouve une source d'eau pure qui aurait des vertus curatives. Elle s'écoule en trois jets. On peut fixer un petit bol au bout d'une longue canne que l'on tend pour les atteindre et ainsi pouvoir goûter l'eau.


Malins, les Japonais préfèrent remplir des bouteilles en plastique, histoire de ramener un peu de bénédiction chez eux.

Ca faisait plus d'un an que je n'étais pas retourné à Kyoto et je suis encore loin d'avoir tout vu. J'y passerai sans doute encore une fois au cours de mon dernier tour de piste dans quatre mois.



Avec le retard qu'a pris le blog, j'ai oublié de vous confirmer la nouvelle évoquée il y a deux messages de cela. N, le fils de M le maudit et de sa charmante épouse est né ! Et pour fêter ça, ils sont venus, ils sont tous là pour un dernier baroud d'honneur (le métro de Tokyo est devenu beaucoup plus civilisé, comme les prochains messages devraient le montrer) : le salaryman qui s'assied n'importe comment avec sa feuille de papier A0 vierge chiffonnée ! Le NEET au baggy informe qui se nourrit uniquement de chips et de bière ! L'OL qui coupe ses cils dans le métro au risque de perdre la vue (et de devoir se balader avec un bandeau chirurgical sexy) ! Le contorsionniste qui téléphone alors qu'il n'y a même pas de réseau entre deux stations ! Avec de telles fées penchées sur son berceau, c'est sûr, le petit N démarre bien dans la vie.


"Arrêtez ! ARRETEZ ! FAITES LE CHEZ VOUS ! PENSEZ AUX ENFANTS !"

jeudi 4 février 2010

蒸[vapeur]

Voyageur, toi qui entres en ce lieu, laisse ici toute espérance de voir autre chose que des photos de gros bouillons fumants.



Après une bonne semaine à passer de train en bus, j'ai décidé d'essayer quelque chose d'un peu différent. J'ai donc quitté Shikoku en ferry.


Le vaisseau s'appelait Ehime, du nom de la préfecture que je quittai.


La cabine de seconde classe. La position à adopter dans un bateau nippon n'est pas debout ou assis, mais vautré.



De façon fort pratique, le ferry m'a déposé à l'étape suivante de mon voyage.


Beppu est une station thermale-balnéaire de l'île de Kyushu. J'y étais déjà passé il y a deux ans, mais la nostalgie m'a poussé à y retourner.


Cet homme sympathique est Aburaya Kumahachi, l'un des premiers publicitaires du Japon et grand promoteur de Beppu. Entre autres hauts faits, il a installé des panneaux vantant les charmes de la ville jusque sur les chemins qui mènent au sommet du Mont Fuji, et a lancé les premiers circuits touristiques dont les guides étaient exclusivement des femmes portant un uniforme. Ces deux faits dénotent une compréhension redoutable de la psyché japonaise.



Un petit bout de plage. Il est possible de s'y faire enterrer dans le sable chaud par des professionnels, une expérience étrangement agréable.



Beppu s'enorgueillit du statut de "ville la plus géothermique du monde". S'y trouvent en effet rassemblées plusieurs milliers de sources chaudes, de compositions chimiques parfois très diverses, et y flotte une délicate, et plutôt agréable odeur d'oeuf pourri, ou de sulfure d'hydrogène pour ceux qui préfèrent la chimie à la poésie.


Juste devant la gare se trouve un avant goût de ce que l'on peut trouver dans la ville. Un panneau invite à tremper ses mains dans le bassin.


En plusieurs endroits dans la ville, on peut voir des cheminées crachant continuellement une épaisse fumée blanche.

L'une des attractions les plus connues de la ville est le Jigoku Meguri, soit le "tour de l'enfer". Il s'agit de la visite de huit sources chaudes qui possèdent en principe chacune une caractéristique remarquable. L'intérêt en est en réalité très variable ; par ailleurs, vues les températures atteintes, il n'est pas question de s'y baigner. Voici un petit guide des huit enfers, que j'ai traversés en quelques heures.

1) Le kamado jigoku (enfer du four) :


Verdict : pas très intéressant, cet enfer semble en fait une sorte de bande annonce de ceux qui suivent, puisqu'il contient une collection de petites sources : une boueuse, une bleutée, une blanchâtre... Malgré les efforts de présentation, il n'a pas vraiment de caractéristique propre, puisque les autres aussi sont utilisés pour la cuisine.


Cet hideux démon en stuc est le symbole du kamado onsen.


Coque, mollet ou dur ?


Plusieurs petites gargottes proposent de la cuisine à la vapeur, ma foi pas mauvaise.

2) Le umi jigoku (l'enfer marin) :


Verdict : déjà un peu mieux, le bleu de l'eau de cet enfer est très agréable à l'oeil.



3)Le oniishibozujigoku (enfer du bonze) :



Ici, l'eau est extrêmement boueuse. Les gaz qui s'échappent de la source font régulièrement clapoter de grosses bulles...
PLOC !

...qui rappellent de par leur forme la tête rasée des moines bouddhistes, d'où le nom de cet enfer. Verdict : uniquement si vous aimez la boue.


Ce qui doit être mon cas, vue la quinzaine de photos et de films de bulles qui se trouve maintenant sur mon disque dur.

4) Le yama jigoku (enfer de la montagne) :


Verdict : très dispensable. Les "animaux exotiques qui vivent confortablement" n'ont en fait rien à faire là, puisqu'il s'agit d'éléphants, d'hippopotames, de flamands roses, de lamas (?) encagés dans un bien triste zoo.


5) Le oniyama jigoku (enfer de la montagne du démon !) :

Verdict : contrairement au précédent, cet enfer vaut le coup à mon sens. Les crocodiles ont vraiment l'air contents d'être là.


Ces bestioles m'étonneront toujours par leur capacité à faire semblant d'être des statues. Des statues avec un sourire très perturbant.


Grand jeu : comptez le nombre de crocodiles sur cette image !


Le maître des lieux, qui a lui aussi l'air réjoui.

Après 5 enfers, il est possible de faire une petite pause au musée du sexe de Beppu pour se ressourcer. De l'extérieur, l'endroit ressemble à une version crapoteuse d'un château de conte de fée.


A l'intérieur, on trouve un peu tout et n'importe quoi : collection d'estampes érotiques, phallus animaux, animatroniques et autres réjouissances qui vous émoustilleront pour le reste de la journée, ou plus probablement vous couperont la chique pour dix jours. Je déconseille également la boutique souvenir.

6) le shiraike jigoku (enfer du lac blanc) :

Verdict : cet enfer est indiqué par un poisson mort sur les cartes touristiques. Charmant. La couleur blanchâtre est beaucoup moins engageante que les tons bleutés de l'enfer marin, mais il s'agit peut être d'un problème d'association d'idées.


Si les six premiers enfers sont situés à quelques mètres les uns des autres, les deux derniers sont sur un autre site, à environ deux kilomètres à pied.

7) le chinoike jigoku (l'enfer de la piscine de sang !)


Verdict : probablement mon préféré. J'aime la boue, mais j'aime encore plus le Grand Guignol.

8) le tatsumaki jigoku (l'enfer du jet d'eau) :

Verdict : assez sympathique, le geyser est plutôt impressionnant, et crache continuellement pendant un long moment.


De quoi se poser en attendant le prochain spectacle.


Entre deux éruptions, la source est extrêmement peu impressionnante.


Par contre, quand le geyser paraît...


A l'origine, le jet d'eau montait bien plus haut. Suite à un incident non explicité dans les descriptions, une dalle a été installée pour limiter la hauteur du geyser.

La nostalgie est souvent mauvaise conseillère. J'avais beaucoup apprécié Beppu à mon premier passage, où je n'avais vu que quelques uns des enfers. Deux ans plus tard, j'ai grandi en cynisme et en apathie, et l'émerveillement a cédé la place à un certain agacement devant l'esprit commercial ouvertement affiché du lieu (il faut passer par la boutique à l'entrée et à la sortie de chacun des huit lieux). Restent quand même quelques bons souvenirs : de la boue, du bromure, une piscine de sang et un geyser. C'est déjà quelque chose.


En bonus, une photo de moi.