jeudi 4 février 2010

蒸[vapeur]

Voyageur, toi qui entres en ce lieu, laisse ici toute espérance de voir autre chose que des photos de gros bouillons fumants.



Après une bonne semaine à passer de train en bus, j'ai décidé d'essayer quelque chose d'un peu différent. J'ai donc quitté Shikoku en ferry.


Le vaisseau s'appelait Ehime, du nom de la préfecture que je quittai.


La cabine de seconde classe. La position à adopter dans un bateau nippon n'est pas debout ou assis, mais vautré.



De façon fort pratique, le ferry m'a déposé à l'étape suivante de mon voyage.


Beppu est une station thermale-balnéaire de l'île de Kyushu. J'y étais déjà passé il y a deux ans, mais la nostalgie m'a poussé à y retourner.


Cet homme sympathique est Aburaya Kumahachi, l'un des premiers publicitaires du Japon et grand promoteur de Beppu. Entre autres hauts faits, il a installé des panneaux vantant les charmes de la ville jusque sur les chemins qui mènent au sommet du Mont Fuji, et a lancé les premiers circuits touristiques dont les guides étaient exclusivement des femmes portant un uniforme. Ces deux faits dénotent une compréhension redoutable de la psyché japonaise.



Un petit bout de plage. Il est possible de s'y faire enterrer dans le sable chaud par des professionnels, une expérience étrangement agréable.



Beppu s'enorgueillit du statut de "ville la plus géothermique du monde". S'y trouvent en effet rassemblées plusieurs milliers de sources chaudes, de compositions chimiques parfois très diverses, et y flotte une délicate, et plutôt agréable odeur d'oeuf pourri, ou de sulfure d'hydrogène pour ceux qui préfèrent la chimie à la poésie.


Juste devant la gare se trouve un avant goût de ce que l'on peut trouver dans la ville. Un panneau invite à tremper ses mains dans le bassin.


En plusieurs endroits dans la ville, on peut voir des cheminées crachant continuellement une épaisse fumée blanche.

L'une des attractions les plus connues de la ville est le Jigoku Meguri, soit le "tour de l'enfer". Il s'agit de la visite de huit sources chaudes qui possèdent en principe chacune une caractéristique remarquable. L'intérêt en est en réalité très variable ; par ailleurs, vues les températures atteintes, il n'est pas question de s'y baigner. Voici un petit guide des huit enfers, que j'ai traversés en quelques heures.

1) Le kamado jigoku (enfer du four) :


Verdict : pas très intéressant, cet enfer semble en fait une sorte de bande annonce de ceux qui suivent, puisqu'il contient une collection de petites sources : une boueuse, une bleutée, une blanchâtre... Malgré les efforts de présentation, il n'a pas vraiment de caractéristique propre, puisque les autres aussi sont utilisés pour la cuisine.


Cet hideux démon en stuc est le symbole du kamado onsen.


Coque, mollet ou dur ?


Plusieurs petites gargottes proposent de la cuisine à la vapeur, ma foi pas mauvaise.

2) Le umi jigoku (l'enfer marin) :


Verdict : déjà un peu mieux, le bleu de l'eau de cet enfer est très agréable à l'oeil.



3)Le oniishibozujigoku (enfer du bonze) :



Ici, l'eau est extrêmement boueuse. Les gaz qui s'échappent de la source font régulièrement clapoter de grosses bulles...
PLOC !

...qui rappellent de par leur forme la tête rasée des moines bouddhistes, d'où le nom de cet enfer. Verdict : uniquement si vous aimez la boue.


Ce qui doit être mon cas, vue la quinzaine de photos et de films de bulles qui se trouve maintenant sur mon disque dur.

4) Le yama jigoku (enfer de la montagne) :


Verdict : très dispensable. Les "animaux exotiques qui vivent confortablement" n'ont en fait rien à faire là, puisqu'il s'agit d'éléphants, d'hippopotames, de flamands roses, de lamas (?) encagés dans un bien triste zoo.


5) Le oniyama jigoku (enfer de la montagne du démon !) :

Verdict : contrairement au précédent, cet enfer vaut le coup à mon sens. Les crocodiles ont vraiment l'air contents d'être là.


Ces bestioles m'étonneront toujours par leur capacité à faire semblant d'être des statues. Des statues avec un sourire très perturbant.


Grand jeu : comptez le nombre de crocodiles sur cette image !


Le maître des lieux, qui a lui aussi l'air réjoui.

Après 5 enfers, il est possible de faire une petite pause au musée du sexe de Beppu pour se ressourcer. De l'extérieur, l'endroit ressemble à une version crapoteuse d'un château de conte de fée.


A l'intérieur, on trouve un peu tout et n'importe quoi : collection d'estampes érotiques, phallus animaux, animatroniques et autres réjouissances qui vous émoustilleront pour le reste de la journée, ou plus probablement vous couperont la chique pour dix jours. Je déconseille également la boutique souvenir.

6) le shiraike jigoku (enfer du lac blanc) :

Verdict : cet enfer est indiqué par un poisson mort sur les cartes touristiques. Charmant. La couleur blanchâtre est beaucoup moins engageante que les tons bleutés de l'enfer marin, mais il s'agit peut être d'un problème d'association d'idées.


Si les six premiers enfers sont situés à quelques mètres les uns des autres, les deux derniers sont sur un autre site, à environ deux kilomètres à pied.

7) le chinoike jigoku (l'enfer de la piscine de sang !)


Verdict : probablement mon préféré. J'aime la boue, mais j'aime encore plus le Grand Guignol.

8) le tatsumaki jigoku (l'enfer du jet d'eau) :

Verdict : assez sympathique, le geyser est plutôt impressionnant, et crache continuellement pendant un long moment.


De quoi se poser en attendant le prochain spectacle.


Entre deux éruptions, la source est extrêmement peu impressionnante.


Par contre, quand le geyser paraît...


A l'origine, le jet d'eau montait bien plus haut. Suite à un incident non explicité dans les descriptions, une dalle a été installée pour limiter la hauteur du geyser.

La nostalgie est souvent mauvaise conseillère. J'avais beaucoup apprécié Beppu à mon premier passage, où je n'avais vu que quelques uns des enfers. Deux ans plus tard, j'ai grandi en cynisme et en apathie, et l'émerveillement a cédé la place à un certain agacement devant l'esprit commercial ouvertement affiché du lieu (il faut passer par la boutique à l'entrée et à la sortie de chacun des huit lieux). Restent quand même quelques bons souvenirs : de la boue, du bromure, une piscine de sang et un geyser. C'est déjà quelque chose.


En bonus, une photo de moi.

2 commentaires:

Harl a dit…

19.

Anonyme a dit…

Hah tu lis "Kafka sur le rivage". ET BEN MOI JE L'AI DÉJÀ LU.
Alors je vais te raconter la fin...
A la fin la princesse est dans un autre chateau.
Comme toujours chez Murakami.

Salutations distinguée du pays sans geyser.

anne onime