mardi 2 février 2010

温[bain]

Retour à mes vacances d'hiver. Avant de quitter Shikoku, je me suis arrêté à Matsuyama, chef lieu de la préfecture d'Ehime, au Nord-Ouest de l'île. La ville est surplombée par un château d'apparence assez imposante.


La ville est surplombée par un château d'apparence assez imposante.

En suivant sur quelques kilomètres les rails qui partent de la gare JR du coin, et après avoir croisé des tramways allant du peu moderne...


... à l'antédiluvien,...

... on finit par atteindre la station de Dôgo, le quartier des bains publics.


La station, qui ressemble assez à la maison hantée de Disneyland.

Toute personne dotée d'un soupçon de sens de l'observation comprendra immédiatement que Dôgo est un coin à touriste. On y croise en effet de nombreux visiteurs qui déambulent dans les rues piétonnes en rang par dix mais également des Japonais habillés comme dans un quartier des plaisirs de l'ère Edo qui tentent de vous faire acheter la spécialité locale, la taruto , une approximation de tarte pour palais japonais avides de pâte de haricot rouge enroulée en spirale dans un gâteau parfumé au yuzu, agrume nippon.

Juste à côté de la gare se trouve une horloge musicale, qui s'anime toutes les demi-heures au moins.


L'horloge en action. Notez les trois hommes dans un onsen, en dessous.

L'horloge, repliée.




Vu de l'extérieur, le bain public de Dôgo, ressemble plus à un château qu'à des thermes.



Le bâtiment fait trois étages. Plus le service choisi est cher, plus on monte dans le bâtiment. Le troisième étage comprend des pièces individuelles où l'on peut manger des dango tricolores (sortes de sucreries) après les ablutions.

Ayant choisi la formule intermédiaire, j'ai pu profiter d'un onsen d'autant plus tranquille que j'y étais seul, puis boire un thé et manger des petits gâteaux secs en kimono tout en potassant l'histoire du lieu.
Comme toutes les sources, celle de Dôgo est réputée comme thérapeutique pour un certain nombre de pathologies. Dont l'hystérie, qui a pourtant été virée manu militari de la plupart des listes médicales des troubles psychologiques depuis quelques décennies.
Un tour aux bains publics de Dôgo n'est pas complet sans la visite du Yushinden, c'est à dire la partie du bâtiment réservée à la famille impériale. Construite en 1899, elle comprend une pièce surélevée réservée exclusivement à l'empereur, avec un double plafond en bois de cyprès japonais quasiment indestructible, une salle de détente de 8 tatamis destinée à sa famille, des répliques des trois trésors impériaux (le miroir, le sabre et le collier). Chaque mur, ainsi que le sol du bain, est constitué d'un seul bloc de pierre Aji, dont la valeur se chiffrait à l'époque en millions de yen le m3. Même les toilettes, d'une surface de deux tatamis, sont richement ornées de laque de Wajima. Dans le trou d'aisance se trouve une boîte de sable fin pouvant être retirée afin de permettre un examen médical rapide et discret.

En tout, le Yushinden n'aura servi que 10 fois, dont seulement trois pour un empereur. En effet, en 1956, tous les hôtels de la ville se sont reliés à la source chaude, permettant à la famille impériale de ne plus avoir à se déplacer pour en profiter.



Les toilettes n'ont jamais servi.



A un kilomètre à l'Est des bains, se trouve le cinquante et unième temple du pélerinage de Shikoku.


Le Ishite-je, ou temple de la pierre dans la main.


Alors que les deux premiers temples étaient plutôt sobres, le Ishite-ji contient moultes statues et bâtiments, dont certains très étranges.


Un bouddha particulièrement opulent.


Ce bâtiment ressemble un peu à un temple occidental...


... avec des vitraux particulièrement perturbants.


A l'intérieur un plafond très coloré.


Un boddhisativa aveugle ?

Une pagode, plutôt classique.


Des soldats (?) doués en acrobatie.


A sa macrocéphalie bonhomme, j'ai cru reconnaitre Nurahiyon (un important youkai, ces esprits du folklore japonais).


Un homme oiseau ? Mais où suis-je tombé ?!


Mario et Yoshi !

Derrière les bâtiments principaux se trouve un tunnel sombre et interminable qui mène à un temple très différent, et à une statue géante du fondateur du pélerinage. Malheureusement, il était trop tard pour y aller.

Shikoku était celle des quatre îles principales qui m'intéressait à priori le moins. Après ce rapide passage, je me suis rendu compte d'à quel point j'avais tort et ai un peu regretté de ne pas avoir consacré un peu plus de temps à ses quatre provinces. Avant mon retour définitif en France, je retournerai peut-être du côté de Takamatsu pour visiter le Kompira, un des plus importants sanctuaires Shinto du pays.



Je suis maintenant au Japon depuis presque un an, au cours duquel j'ai rapporté plus ou moins fidèlement ma vie publique, dans à ce jour 40 messages. Cependant, ce blog ne fait pas que rassembler mes photos et mes considérations également mal cadrées. Il raconte aussi la vie de gens ordinaires, avec une vie ordinaire, faite de froncements de sourcils devant des jeunes qui s'offrent des chocolats, d'airs perplexes à côté d'un cadre qui ne peut s'empêcher de travailler alors qu'il rentre chez lui, de regards en coin vers une jeune femme qui se remaquille... Ces gens ordinaires vont bientôt vivre un évènement, à la fois le plus ordinaire et le plus extraordinaire d'une vie humaine, et c'est avec une joie sincère que la compagnie du métro tokyoite et moi-même avons appris l'heureuse nouvelle.

Pour une fois, sans légende.

2 commentaires:

Jacob D-M a dit…

Le rejeton de ce sympathique couple aux yeux dépourvus d'iris et de pupille, ces chers M les Maudits, auras-tu le temps de le voir mater depuis sa poussette des enfants jouant au morpion dans le métro ?

Vu le ventre de la dame, dans deux mois, il est né le divin enfant. Et dans cinq, il fusillera du regard : bon sang ne saurait mentir comme on dit en hématogénétique !

Francois a dit…

Aura-t-il les yeux de sa mère ou bien ceux de son père ?