dimanche 18 octobre 2009

港[port]

En fin de semaine dernière, je me suis rendu à Kôbe. Hors des frontières nippones, la ville est surtout connue pour son boeuf, qui pour mériter son label doit être élevé dans le luxe le plus complet (nourri à la bière et massé à la main à moins que ce ne soit l'inverse), et pour le tremblement de terre particulièrement meurtrier qui l'a dévasté en 1995.


La gare de Shin-Kôbe. Ce blog devra bientôt être renommé "Jibi, l'homme du train" vue la constance avec laquelle je fais l'article pour Japan Railways.



On le sait moins, mais Kôbe est aussi le deuxième port du pays. La zone du Meriken Park, autrefois le quai où les Etats-Uniens venaient décharger leurs cargos, comprend un certain nombre de choses à voir.


La lumineuse tour du port de Kôbe.


Une vue du port, prise depuis ma fenêtre

Le Yamato 1, prototype de bateau utilisant un engin de propulsion magnétohydrodynamique.

Une autre photo du port, sur laquelle on y voit un peu mieux.


Une réplique du Santa Maria, l'une des trois caravelles de Christophe Colomb

"la cloche de l'hortensia" (?)

Dans un coin du Meriken park se trouve un mémorial consacré au séisme de 1995. Il se compose d'une petite installation donnant des informations sur l'évènement, ainsi que d'une portion de quai laissée en l'état.


Voici ce que cela donne.


L'endroit fait une forte impression, le reste de la ville étant entièrement reconstruit.



A l'instar des autres grands ports du pays, comme Yokohama et Nagasaki, Kôbe se distingue par une plus grande influence étrangère. On y trouve ainsi un quartier chinois baptisé "Nankintown".


L'une des entrées du quartier

J'ai été très surpris de constater que ce quartier est quasiment identique au chinatown de Londres, visité il y a deux ans : très petit, constitué de deux rues (Est-Ouest et Nord-Sud) qui se croisent au niveau d'une petite placette où l'on trouve une pagode rouge sous laquelle des jeunes gens ont l'air de s'ennuyer.


Les jours de fête par contre, ca doit valoir le déplacement.

La petite place est ornée de statues des douze animaux du zodiaque chinois :


le tigre,...

...le serpent,...


... le... mais qu'est ce que tu fous ici toi ? Disparais !



L'influence étrangère se constate également à la teneur particulièrement élevée en franponais des commerces de la ville.

FESTIVAL FRANPONAIS !!!!!!!


Dommage, ça partait bien !

Je veux du l'andouillette !


On y mange comme chinois !


Un concurrent du café de Oni ?



Au Nord de la ville se trouve le quartier de Kitano. On y trouve un certain nombre d'ijinkan, maisons qui appartenaient autrefois à des riches commerçants non japonais établis ici entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. L'endroit est certainement ultra-exotique pour les Japonais qui viennent le visiter en masse. Les jours où il ne pleut pas, on peut même y croiser des Japonaises déguisées en Hollandaises, ce qui peut faire fantasmer, mais n'est finalement pas plus bizarre que moi en yukata.


Ben's house.



Cocorico ! La maison française !


The British house, avec sans que l'on sache pourquoi, une thématique Sherlock Holmes.


"Rhenania", maison en briques rouges venue représenter la Mitteleuropa


"Follow the gray brick road"


La maison du Danemark (qui se situe en Autriche, si j'en crois la signalisation sybilline)


La véritable maison de Hollande. Notez le moulin à vent dans le jardin.

Kôbe est une ville à taille humaine, qu'il est facile de parcourir à pied en suivant ses axes majeurs, la flower road ou la ligne de métro aérien. Du séisme, il reste heureusement bien peu de traces ; quand au boeuf, il y est effectivement délicieux. Pour moi, la ville fait beaucoup penser à Nagasaki : elles ont en commun un désastre dont elles se sont relevées , un métissage architectural et culinaire dû à une présence occidentale et chinoise ancienne, et, ce qui tranche avec le reste du pays, l'esprit pionnier des villes tournées vers le large.

夜[nuit]

Il est plusieurs quartiers de Tokyo que je vais visiter fréquemment, pour des raisons variées. Je vais à Shibuya par habitude, à Ikebukuro par nostalgie, à Akihabara par vice...


A Shinjuku, je vais presque toujours par obligation.

宿

Shinjuku est nettement séparé en deux par la Yamanote, la ligne de métro qui fait le tour de la ville. Côté ouest, on trouve un quartier d'affaires aux immeubles gigantesques.


A gauche, il ne s'agit pas du cocon de Mothra, mais de la très caractéristique Mode Gakuen Cocoon Tower, qui abrite entre autre une faculté de design.


Quelques autres gratte-ciels

En poussant vers l'ouest, on finit par atteindre la mairie de Tokyo. L'architecte s'est inspiré d'un célèbre bâtiment parisien.


Notre-Dame 2.0

Chacune des tours possède à son sommet un observatoire auquel on peut monter gratuitement. On y trouve un petit restaurant et un point de vue impressionnant sur la ville.


Les jours où il fait beau, on peut apercevoir le mont Fuji dans le lointain. Pas le jour de la photo, donc.


En haut à droite, le parc du Yoyogi ou peut-être celui de Shinjuku, déjà évoqués dans un précédent message.


Sur la gauche, les crayons du Futuroscope.


Hey, une piscine !

Le soir d'un jour férié, Shinjuku ouest prend une autre dimension. Les sous sols reliant la gare, la mairie et différents hôtels et complexes de luxe sont quasiment déserts, donnant à l'endroit un aspect de cité cyclopéenne vidée de ses habitants. L'endroit grouillant habituellement de monde, l'effet post-apocalyptique est assez saississant, surtout à la tombée du jour.


L'est est un quartier de loisirs. S'y trouve entre autres un ensemble de petites rues dénommé Kabuki-cho, l'un des quelques quartiers chauds de Tokyo, dans lequel je ne compte pas m'aventurer après 21h00 sans plusieurs potes et/ou un taser. Sorti de Kabuki-cho, les rues proposent des lieux d'amusement plus conventionnels : bars, karaoke, izakaya, cinémas, pachinko et autres salles d'arcades.

Voilà à quoi ça ressemble vers 16h00 un dimanche.


Deux karaoke d'une dizaine d'étage : le karaoke-kan, avec son architecture néo-néo-classique/château de la belle au bois dormant, et le Shidax, et ses salles à thèmes.


Le wald 9, cinéma qui passe entre autres de fameux nanars.

Après un cinéma de minuit, il m'est possible de rentrer de Shinjuku à pieds. Le trajet prend entre une et deux heures, et est extrêmement simple : il suffit de suivre la Meiji-dori, une des artères principales de la ville. Encore une fois, c'est l'occasion de voir la ville différemment : le plus frappant est de passer devant la Takeshita-dori, rue à frippes douteuses d'Harajuku, et de la trouver complètement vide, alors que d'habitude, il faut se frayer un chemin à coups de tête pour espérer la traverser.



Les cup-noodles, invention résolument japonaise, sont aujourd'hui un plat incontournable pour les gens pressés ou fauchés du monde entier. Une portion coûte en général moins de 500 yen et tient plutôt bien au corps. On peut trouver une grande variété de parfums, faisant de chaque petite coupe une expérience unique : pâtes au curry aujourd'hui, au poulet et aux champignons demain. Par ailleurs, la préparation est d'une facilité déconcertante : ouvrir le couvercle, mettre de l'eau chaude, refermer le couvercle, attendre 5 minutes et voilà. Les portions étant aisément transportables, le festin est possible n'importe où pour peu que l'on dispose d'un thermos d'eau chaude.

N'importe où sauf dans le métro.


"En foutre partout tout en poussant de gros slurp slurp ? Faites le plutôt chez vous."

mercredi 7 octobre 2009

食[nourriture]

C'est l'automne, la saison idéale pour une mise à jour marronnier ! Moi, ça ne me prend pas beaucoup de temps et vous, ça permet de vous renseigner sur une question cruciale que vous vous posez tous depuis 8 mois : mais où diable va-t-il manger à midi ?

Hiroo, le quartier dans lequel se trouve mon lieu de travail, est entouré d'une multitude de restaurants offrant des cuisines diverses, ce qui permet de varier les plaisirs. Voici donc venir mon guide rouge personnel pour budgets raisonnables : le repas du midi dépasse rarement 1000 yen.

Au bout de la rue :
- Salsita, que nous appelons plus communément "le mexicain". Soupe ou salade, plat principal (sans imagination, nous commandons toujours un burrito au poulet) et boisson. Les serveuses étant phillipines, c'est l'occasion de jongler avec au moins trois langues. Avantages : c'est juste à côté. La bouffe mexicaine, c'est bon quand il pleut.

En arrivant du boulot par un chemin un peu détourné.

- Ichanbaen : restaurant de nourriture typique d'Okinawa. Je recommande le tacorice, qui est un genre de riz frit servi dans un bol chauffant en métal. Avantage : la musique d'Okinawa est instantanément reconnaissable et très agréable. Ca donne envie d'y aller.

- Hiroo no sora, soit "le ciel d'Hiroo". Restaurant de cuisine typique japonaise. On y est assis dans un trou, autour d'une table. Le plat du jour est constitué de trois bols empilés, l'un contenant en général du riz, les deux autres des tempura ou du poisson. Avantage : c'est sympa de manger japonais un peu de temps en temps.

Dans la rue commerçante d'Hiroo :


Le Homework's, un restaurant de sandwichs/hamburgers, mais organiques, donc les plats ont du goût et sont bien plus légers que ce que l'on trouve en fast food. Dans la rue passent des élèves de l'école pour filles d'à côté. Avantages : C'est bon. Une des serveuses est adorable et correspond à l'un des trois types de femme que je préfère. Inconvénients : C'est un peu cher et peut-être pas assez nourrissant. Aujourd'hui, j'ai appris avec désespoir qu'elle ne travaille pas le mercredi.


- Le Bangkok Kitchen : restaurant thailandais. Une grande assiette de riz et un petit bol de soupe, ou l'inverse. Avantage : ça cale bien et c'est bien épicé. Parfois, il n'en faut pas plus.

- un autre restaurant d'Okinawa. Le tacorice est très bon, et n'a absolument rien à voir avec celui de l'autre restaurant. Avantages : la musique d'Okinawa, c'est bien. Le metal et la j-pop d'Okinawa, c'est encore mieux.

- la Jolla, que nous appelons plus communément "l'autre mexicain". Curiosité, si le drapeau du Mexique flotte fièrement devant, les tables sont toutes décorées par une carte des Etats-Unis. S'agit-il d'un commentaire géopolitique sybillin ? A part ça, soupe ET salade et plat principal plus plantureux qu'à Salsita. Avantages : GRRRRRRRRRRRRRRRINNNNNNNNGOOOOOOO !

- Salsiccia 1 : un restaurant italien, que nous avons commencé à fréquenter très récemment. Avantage : des vraies pâtes de temps en temps, ça fait du bien.

Dans la rue du métro :
- Agary, restaurant indonésien. Bien planqué derrière des plantes vertes, on le rate une fois sur deux. Les plantes sont cependant bien pratiques quand on veut se planquer au passage d'une manifestation nationaliste. Avantages : manger un nasigoreng, c'est très bon. Inconvénients : attendre un nasigoreng, c'est très long.

- Sushiya : comme son nom l'indique, un restaurant de sushis. Lorsque l'on paye avec un gros billet, la patronne lance un "一万円" (10000 yen) retentissant, auquel les cuisiniers au comptoir répondent invariablement "hai !". Avantages : on a tendance à l'oublier, mais la cuisine japonaise, c'est aussi les sushis. Ici, on les trouve à la fois goûteux, frais et abordables.

- Samrat : juste au dessus, un restaurant indien. On peut y prendre un set de deux ou trois curry. Avantage : le nan y est à volonté. Après deux ou trois fois, les serveurs, mus par un réflexe pavlovien, nous en proposent avant même que l'on demande. Inconvénients : on se retrouve rapidement avec la carte sur sa chemise, ce qui est instructif mais fort peu seyant à une réunion. Le nan à volonté est une drogue dure, et cela fait trois semaines que nous ne sommes pas retournés ici tellement un restau indien tous les lundi, ça finit par lasser. L'écoeurement se dissipant, nous y retournerons sans doute d'ici quelques semaines.

Dans la rue de la poste :

- le bikkuriya, ou magasin surprise : il porte bien son nom, puisqu'il s'agit en apparence d'un marchand de légume...

... qui cache au sous-sol un restaurant lounge, avec aquarium, canapés en cuir, grand écran, jeux de fléchettes... On y trouve la nourriture la plus simple qui soit, un bol de riz avec un truc posé dessus, pour un prix dérisoire (de l'ordre de 500 yen). Avantage : la simplicité, c'est beau et wabi sabi. Inconvénient : bien que planqué, le restaurant est assez petit et déjà populaire, donc il n'est pas toujours possible d'y trouver une place.

- Artemis : un petit nouveau qui nous a déjà conquis, il s'agit d'un restaurant turc, ce qui nous dépayse vraiment. Dans l'espoir de nous fidéliser, le patron nous a annoncé, clin d'oeil à l'appui, que des Japonaises viennent y faire de la danse du ventre les vendredi et samedi soirs (au passage, la danse du ventre semble être la mode actuelle dans le pays). J'ai bien du mal à cacher ma curiosité. Avantages : le thé au jasmin à la fin, un petit plus qui change de la dichotomie "thé vert amer/thé noir qui ressemble à une goutte de café diluée dans de l'eau".

- un restaurant japonais, juste en face. Il s'agit là de cuisine typique, et là encore très simple : soba, tonkatsu, oyako don... Avantage : encore une fois, on n'a pas si souvent l'occasion de manger vraiment japonais. Inconvénient : le calendrier dans les toilettes émet des messages sataniques. Pour octobre, il propose "si l'on est trahi, c'est toujours parce que l'on s'en remet aux autres."

A l'autre bout, complètement isolé (donc pas de photo)

- le yakiniku/barbecue coréen. Avantages : de la viande ! Beaucoup de viande ! Inconvénient : des oignons... Beaucoup d'oignons... Avantage : un chewing gum à la menthe offert à la fin.

Un café et l'addition :
- le Segafredo, où nous échouons régulièrement après avoir mangé trop vite. Avantages : des serveuses (surtout une) qui parlent un italien aussi charmant que foireux, qui nous disent bonjour parce qu'elles nous voient débarquer régulièrement (un comportement parait-il semi impensable pour une serveuse ici), qui font des mimiques pas possibles (au bord des larmes avec des yeux énormes qui brillent quand on a oublié la carte de fidélité, air mi-timide mi-vexé mi-passif-agressif quand on est pas venus pendant une semaine...), qui dessinent des coeurs (?) dans nos cafés avec la mousse... Inconvénients : j'allais dire que c'est cher, mais bon, si on prend en compte le service, c'est donné.