lundi 21 décembre 2009

橋[pont]

A la vitesse où je vais, je n'aurai probablement pas terminé cette série de messages avant mes prochaines vacances...



Shikoku est reliée à Honshu, l'île principale, par plusieurs ponts. Celui que j'ai emprunté s'appelle le Seto-Ôhashi, et avec ses 13 km de long, est le plus long pont suspendu du monde. Il passe au dessus des nombreux îlots de la mer intérieure, certains habités, d'autres sauvages. En conséquence, la traversée en train est beaucoup plus impressionnante qu'un passage dans un tunnel tout sombre.


Malheureusement, comme je n'avais pas d'hélicoptère sous la main à ce moment, vous devrez vous contenter de cette photo.



Première étape à Shikoku...

Capitale de la préfecture de Kagawa, la ville est le lieu d'une bonne partie de l'action de Kafka sur le rivage, de Haruki Murakami (le hasard faisant bien les choses, je venais de commencer de le lire). A mon arrivée, je suis tombé sur un exemplaire de démonstration d'une usine à légumes...



... ce qui montre qu'il est parfois bien difficile d'échapper à son boulot.

En sortant de la gare, un bâtiment saute aux yeux : la Symbol Tower, dont le rôle est comme son nom l'indique, uniquement de représenter la ville.


Tout en haut se trouve un restaurant appelé Alice in Takamatsu. Un jour, il faudra que j'enquête sur cette obsession qu'a le Japon pour les écrits de Lewis Caroll. La sortie du film devrait être une bonne occasion.


La ville, prise d'en haut de la tour



A quelques kilomètres de Takamatsu se trouve le Shikoku-mura, ou "village de Shikoku". Il s'agit d'un parc comprenant 33 constructions typiques de l'île à diverses époques. Il ne s'agit pas de reconstitutions mais des constructions originelles, rassemblées au même endroit. A l'entrée du "village" se situe un restaurant de sanuki udon, la spécialité du coin.


Les udon sont des pâtes de blé. Attention, ici il ne faut pas boire le bouillon dans lequel elles flottent (j'ai essayé, ce n'est que l'eau de cuisson des pâtes), mais les tremper dans le bol situé à gauche, après l'avoir rempli du contenu de l'énorme bouteille à droite.

Vu le temps qu'il faisait, j'ai eu le Shikoku-mura pour moi tout seul. Quelques photos :



Un pont en liane, qu'il faut traverser si l'on veut suivre le parcours indiqué. J'ai préféré m'abstenir...

Un théatre de Kabuki construit par des fermiers revenus de Honshu possédés par le démon de la comédie.


Une barrière à sangliers. Les animaux en faisaient le tour plusieurs fois jusqu'à tomber dans un des pièges disposés autour, ce qui permettait de faire d'une pierre deux coups : les cultures étaient protégées, et il y avait de la viande au menu.


Une presse à sucre, reconnaissable à sa forme arrondie...


...qui permettait à des boeufs d'en faire le tour, entrainant le mortier.


Un chadô, qui fait à la fois office de petit temple bouddhique et de salon de thé pour pélerins assoiffés.


Un phare de la fin du XIXème siècle, installé au point le plus haut du "village".


Une maison de gardien de phare. On a envie de se glisser dans ces chaussons en hurlant "Tadaima !"


Cette hutte servait à fumer de l'écorce, première étape de fabrication du papier japonais.


L'intérieur d'une ferme de montagne du XVIIIème siècle.


Un entrepôt à riz officiel, à l'époque où la puissance se mesurait non pas en dollar, mais en céréales.



Une variation intéressante : il faut passer en dessous.


L'intérieur d'une fabrique de sauce soja. Je vous laisse imaginer la taille du rouleau de printemps qu'on pourrait tremper là-dedans...



Un poste de gué, à la frontière d'un domaine. Thou shall not pass !


Ces pots, entreposés dans la cour d'une maison de pêcheurs, servent à attraper les poulpes. Des années plus tard, ces derniers s'en sont inspirés pour devenir les prédateurs ultimes...



Une autre des attractions majeures de Takamatsu est le Ritsurin-Koen, vaste jardin situé au pied du mont Shuin. L'endroit n'est probablement pas à son meilleur à la fin de l'automne : la partie nord semble particulièrement désolée. Il reste cependant assez impressionnant.


Le gun ochi, étang qui servait à la chasse aux canards. C'est eux ou nous.



Le fuyosho, étang aux lotus morts.



Un sympathique abri, ou un très gros champignon.


Ces pins ont été plantés par des membres de la famille impériale et de la famille royale d'Angleterre au début du XXème siècle.



Vous voyez un arbre sur un rocher. Les Japonais voient une grue sur une tortue.




Une maison de thé, la higurashi-tei.


A l'Ouest, les falaises rouges...


...où tombe la cascade Okedoi, là juste pour le plaisir du daimyo du coin.


L'étang vert, qui s'appelle comme ça pour une raison qui m'échappe complètement.





Cet érable a en permanence une caméra pointée sur lui : on le surveille pour prédire à quel moment ses congénères du pays entier vont rougir. Le Ritsurin-Koen comprend également un cerisier et un prunier d'élite.


Le pont croissant de lune.


Une dernière photo prise sur le mont Fuyo, colline artificielle qui ressemble comme deux gouttes d'eau au mont Fuji parait-il. Mon appareil étant tombé en rade au moment où j'allais le photographier, vous allez devoir me croire sur parole.



Apparemment, les responsables des campagnes anti-tabac sont recrutés dans le même asile pour scénaristes que mes potes du métro...

mardi 15 décembre 2009

桃[pêche]

Avant propos : la série de 8 messages qui va suivre relate mes vacances à Shikoku et à Kyushu entre le 2 et le 12 décembre 2009. Ils vont être agrémentés de nombreuses photos, vous permettant de voir ce que j'ai vu. Les meilleurs photos, malheureusement, se trouvent dans ce premier post. Après ça va nettement se dégrader, pour diverses raisons.

Si vous souhaitez une expérience multimédia totale, vous pouvez également entendre ce que j'ai entendu. Rien de plus simple en fait : il suffit simplement de lancer Last Christmas, de WHAM ! et de laisser tourner ce chef d'oeuvre impérissable en boucle.


Pendant dix jours.


MERRY KURISUMASU ! QUE TU LE VEUILLES OU NON !



Mon grand voyage a commencé par un trajet en bus de nuit. Comme à chaque fois, toutes les deux heures, le chauffeur s'arrête dans une aire d'autoroute identifiable uniquement aux types de petits gâteaux souvenirs qu'elle vend. Il allume la lumière, réveillant tout le monde, puis va déguster un bol de ramens. Il a fini par me jeter à un croisement piéton, avec valise et sac à dos vers 6h00 du matin.


...commence bien.

Comme rien n'était ouvert, évidemment, j'en ai profité pour aller repérer mon hôtel. Une heure plus tard, le soleil se levait sur ma première étape.




Okayama est située au bord de la mer intérieure du Japon. La ville est entre autres connues pour un conte de fée qui en serait originaire, Momotaro. C'est l'histoire pas banale d'un petit garçon né dans une pêche géante, qui après être devenu ami avec un faisan, un chien et un singe, s'en va détruire une armée d'ogres sur une île. Le fils du pêcher est une sorte de mascotte pour la ville : on peut ainsi le retrouver sur un pont,...


... mais aussi tout nu sur la berge de la rivière...

...et même sur les plaques d'égoût (ici avec ses trois familiers). Si c'est pas la classe.

Dans la plupart des villes japonaises de taille moyenne que j'ai visitées, une des avenues principales de la ville part perpendiculairement à la ligne de chemin de fer depuis la gare vers le lointain. Ici, elle s'appelle évidemment la Momotaro Road.

La pêche ? (et l'abricot ?)



En suivant la route de l'ami Momo, on arrive à l'attraction principale d'Okayama, le Koraku-en. Il s'agit de l'un des trois plus beaux jardins du Japon ; pour information, je n'ai toujours aucune idée de qui peut bien compiler tous ces tops 3. Il se situe sur une petite île au milieu de la rivière, juste en face du château de la ville.


Le "chateau noir". Il parait qu'il vaut la peine, mais je ne l'ai pas visité.


Le jardin, pas très grand, réserve d'entrée une surprise.


En effet, vu de loin, il est entouré d'arbres hauts...


... qui cachent en fait une vaste pelouse dégagée, façon jardin anglais. Plutôt inhabituel ici.

Le jardin contient évidemment un certain nombre de choses à voir. Voici une petite sélection :



La colline artificielle Yuishinzan se trouve au milieu du jardin. C'est un des rares points surélevés du lieu...


...ce qui permet d'avoir une bonne vue d'ensemble : ici le lac Sawa.


... en bas, le canal qui parcourt le jardin, et au loin, la demeure Enyo-Tei.


Le pavillon Ryuten. Le ruisseau passe au milieu, ce qui est très inhabituel au Japon.


Le pont Yatsuhashi, constitué de 8 planches vaguement clouées ensemble, ce qui est très inhabituel à peu près n'importe où.


La cascade de Kako. C'est ici que le courant va se jeter dans la rivière Asahi (qui contrairement à ce que son nom laisserait espérer, n'est pas constituée intégralement de bière).


Une maison de thé. Les jardins traditionnels de bonne taille en contiennent en général au moins deux ou trois, histoire de permettre des pit-stops réguliers pour les promeneurs nobles.



Les saisons influent beaucoup sur ce qu'on peut voir dans le jardin : manifestement pour le bois aux cent pruniers, il était trop tard...


... par contre, pour le bois aux cent érables, c'était juste le bon moment.


De plus près, ou avec une vraie paire d'yeux, c'est beaucoup plus flagrant.


Le jardin comprend également un champ de théiers...


...ainsi qu'une rizière d'environ 20 m2. Avant le jardin, l'île était une plantation de riz.



Encore le lac Sawa. La petite cahute servait à la pêche.


Au troisième plan, un des valeureux employés qui maintient le jardin en l'état.


Jari-jima, au vert et blanc très agréables.



L'origine du courant qui traverse tout le jardin et alimente les étangs.


La maison Enyo-tei, qui accueillait le daimyo (seigneur local) lorsqu'il venait se promener dans le jardin. Ikeda Tsunamasa, celui qui l'a fait construire, y a également adjoint une scène de Noh pour satisfaire son goût pour les arts de la scène.


Un petit sanctuaire discret ; le jardin en contient 6 de ce type.


Ces bambous se trouvent sur l'emplacement de l'ancien débarcadère.

Si le Koraku-en m'a semblé moins impressionant que le Kenroku-en, évoqué il y a de cela quelques messages, son côté jardin anglais n'en est pas moins fort agréable. Dommage qu'on ne puisse pas marcher pieds nus dans la pelouse.



Je me suis ensuite rendu à Kurashiki, une petite ville située à une quinzaine de minutes en train.

L'endroit vaut le détour pour le quartier tout à fait charmant de Bikan, constitué de maisons du XVIIème siècle situées de part et d'autre d'un petit canal.



En fait, la feuille d'érable pourrait tout à fait prétendre à représenter le pays au même titre que la fleur de cerisier. Malheureusement, c'est déjà pris.


Le musée d'art d'Ohara, avec sa façade néoclassique qui fait bien tâche dans le décor. Une reproduction du Penseur de Rodin se trouve devant.


Le canal. Tout à fait charmant, disais-je.


Une maison assez représentative du style architecturale du quartier.


Une lanterne, ça faisait longtemps. Notez en arrière-plan, une équipe de tournage, probablement en train de réaliser un sujet sur la bouffe (80% des émissions de télé ici).


Une maison aux couleurs plus inhabituelles, qui attire l'oeil.

M'aventurant de l'autre côté de la gare, je suis tombé sur un décor qui m'a laissé un peu perplexe...


Une horloge très Mittle-europa...


... entourée de quatre statues de euh... guerriers vikings ?

Renseignements pris, il s'agit d'un parc d'attractions à ambiance danoise, appelé le Tivoli Park. Notez au passage la consonnance tout à fait germano-scandinave du nom du lieu.

Après une telle révélation, j'ai fait la seule chose qui restait à faire, à savoir aller m'écrouler à mon hôtel. A ma grande surprise, et contrairement à la suite de business hotels sans aucun charme qui a suivi, il s'agissait en fait plutôt d'un ryokan, avec bain et petit-déjeuner traditionnels, et ambiance un peu moins impersonnelle.

Et donc, forcément un futon. Qui est quand même cent fois mieux qu'un siège de bus, à tout prendre.